Une partie de notre patrimoine en danger

Une partie de notre patrimoine en danger

Le cas de l’église Notre-Dame-des-Victoires, qui fermera cet hiver en raison d’un déficit budgétaire, a mis en lumière un enjeu beaucoup plus vaste qui a pris de l’ampleur depuis que le gouvernement a décidé, en juin, de maintenir l’aide financière au patrimoine religieux.

Le Québec regorge de magnifiques églises qui, au-delà des croyances religieuses, méritent d’être préservées. Elles constituent le cœur de bien des villages ou de secteurs patrimoniaux de grandes villes comme Québec ou Montréal.

En témoigne la réaction de la communauté lorsque les médias ont rapporté que l’église Notre-Dame-des-Victoires devait fermer ses portes pour l’hiver.


Photo d’archives

La paroisse compte aussi sous sa responsabilité l’église Notre-Dame-de-la-Garde et la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, qui reçoit chaque année 800 000 visiteurs. Elle faisait face à un déficit accumulé évitant les 300 000$, et espérait réaliser quelques économies.

La générosité des acteurs de la ville de Québec, dont le Port et des gens d’affaires, permettra notamment de célébrer la messe de minuit à Notre-Dame-des-Victoires. Mais le problème demeure entière.

Catastrophe annoncée

Annoncée au début de l’été, juste avant la Saint-Jean-Baptiste, la nouvelle de la suspension de l’aide financière à la préservation et à la requalification du patrimoine religieux, par le ministère de la Culture, est passée à peu près sous silence.

Le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, a alors annoncé la création du Comité national sur le patrimoine religieux immobilier «dans le but d’alléger et de moderniser sa gestion».

Or en attendant, les conséquences sont majeures pour ce précieux et magnifique patrimoine que représentent de nombreuses églises au Québec. C’est tout un pan de notre histoire et de notre identité qui y est rattaché, sans oublier les immenses retombées touristiques qui y sont associées.

Un choc dans les communautés

«Quand le moratoire est arrivé, c’est sûr que ça a donné un choc dans nos communautés», évoque Jean Tailleur, évêque auxiliaire et vicaire général à l’archidiocèse de Québec. «Merci de vous préoccuper de cette situation, ça fait chaud au cœur», glisse Valérie Roberge-Dion, directrice des communications.


Photo Karine Gagnon

Tous deux ont accepté de me rencontrer afin d’exposer l’ampleur du défi concernant la sauvegarde des bâtiments religieux à Québec, mais aussi de parler de leurs inquiétudes par rapport à cette suspension du financement.

Comme eux, de nombreux citoyens sont tombés à la renverse et cherchent des solutions. Des projets ont dû cesser, d’autres sont carrément abandonnés en attendant de connaître la suite.

Se défendant de faire de la politique, Mgr Tailleur se désole que ce même gouvernement n’ait pas hésité à allonger 5,6M$ pour deux parties de hockey de la LNH, mais qu’il hésite à voler au secours de bâtiments patrimoniaux.

Dans certains cas, comme Notre-Dame-de-Québec, ces lieux constituent pourtant de hauts lieux du tourisme au Québec.

«Est-ce qu’on va se servir de la laïcité pour nous discriminer encore plus, pour que tout disparaisse ?» se questionne Mgr Tailleur, espérant qu’il n’en sera rien.

Il importe effectivement d’analyser la situation de manière beaucoup plus large.

L’exemple français

Là-dessus, signale le vicaire général, l’exemple français est très intéressant.

En France, on ne fait pas de distinction entre patrimoine et patrimoine religieux à préserver. «C’est une fierté de la nation aussi de préserver ces bâtiments», souligne Jean Tailleur.

En 2017, on a ainsi créé le Loto du patrimoine, déployé par la Fondation du patrimoine et soutenu par le ministère de la Culture notamment. Celle-ci contribue à la sauvegarde du patrimoine français en péril, peu importe qu’il s’agisse ou non de bâtiments religieux.

Questionné pour savoir où en était la réflexion, hier, le ministère de la Culture et des Communications du Québec n’a pas été en mesure de préciser quelles étapes avaient été accomplies par le Comité jusqu’à présent.

Mais tout cela est d’autant plus inquiétant que cesser d’investir dans de telles infrastructures, qui souffrent d’un manque d’entretien important, accentue un retard qui s’avère déjà très difficile à rattraper.

Author: Rachelle Pelletier